Univers musical

… ou plutôt « Résonances musicales »

Qu’est ce qui t’anime musicalement ?
Claude : Je crois que j’ai envie de retrouver l’émotion que j’ai eue à l’écoute des disques que j’ai découvert dans les années 70 et qui ont, bien que je ne le savais pas encore, bouleversé ma vie. J’ai voulu retrouver ces instants magiques où mes oreilles découvraient des espaces sonores bouleversants. J’étais comme un gamin devant une caverne d’Ali Baba sonore regorgeant de richesses. Depuis, j’essaie de retrouver le code pour y pénétrer, c’est un truc comme « Sésame … », mais je ne sais plus la suite…

Claude Mignon - Interview 2001
Quelles sont tes principales influences ?
Comment ont-elle évolué ?

Claude : Bien sûr, je suis traversé par de multiples influences, même si je n’aime pas ce terme, qui a pour moi un sens trop proche de soumission ou de pression extérieure. Je préfère le terme de « résonance » qui, au-delà de son sens musical, exprime mieux le lien existant entre ce que nous recevons de l’extérieur et ce que nous sommes à l’intérieur… Je dirais alors que l’universalité de Pink Floyd, la sensibilité d’Andy Latimer, la magnificence de Genesis (avant 1980), la positivité de Yes (avant 1980 aussi…), le génie d’Oldfield, mais aussi la finesse de Pat Metheny, l’ouverture d’esprit de Stivell, le chaos de King Crimson, les voix de Loreena Mac Kennitt, Sinead O’Connor, Mary Fahl (October Project), Toris Amos ou Kate Bush me touchent… Bien sûr, je suis loin d’être exhaustif, car j’aurais pu y ajouter quelques disques de musique classique ou de multiples groupes de la scène dite « progressive » actuelle… J’ai besoin tout d’abord d’être touché émotionnellement par ce que j’entends et j’espère que ceux qui écouteront Strinkadenn’Ys et Samsara le seront aussi… Nourri de toutes ces résonances et imprégné des textes de Gérard, j’ai pu alors composer la musique de ces deux albums. Cette histoire, compte tenu des émotions et des images qui s’en dégagent me permet de m’exprimer comme dans un scénario de film…
Stivell reste une référence pour nous (il faut avoir écouté « Brian Boru » ou « la Symphonie Celtique ») et sa démarche en tant que « citoyen du monde » est aussi la nôtre. La démarche d’ouverture musicale de Denez Prigent nous a également beaucoup plu, et le live « Live Holl a-gevret ! » ou « Sarac’h » sont vraiment des références. Je ne crois pas que la scène celtique soit en perte de vitesse, sans doute que le grand public s’y intéresse moins car les modes passent, mais la Bretagne continue son bonhomme de chemin avec ou sans mode. Il y a beaucoup d’excellents artistes comme Tayfa, Red Cardell, Soig Sibéril, qui -soit dit en passant- est un des meilleurs guitaristes que je connaisse, souvent très proche du jeu d’un Gordon Giltrap que le milieu « rock progressif » connait bien. Et puis d’autres musiciens comme Didier Squiban ou comme Jacques Pellen qui, lui, est très influencé par un de mes autres guitaristes préférés, Pat Metheny. Et puis nous adorons des chanteuses comme Loreena Mac Kennit si l’on veut traverser la manche…
Comme pour la musique dite progressive je ne pense pas que la solution soit justement de copier ou de suivre un exemple. On l’a trop vu dans le rock progressif, tous ces groupes qui refont le titre « Supper’s Ready » de Genesis, peut-être même mieux que l’original, mais qui ne marchent pas pour autant… Je pense qu’il faut essayer de développer sa propre démarche et d’améliorer constamment son propos. Mais c’est un vœu pieu, et sûrement pas évident quand il faut faire bouillir la marmite ! Nombre d’artistes dans la musique celtique ou progressive essayent évidemment de concilier les deux : recettes à succès et originalité, mais je n’ai pas la solution.

Écoutes-tu beaucoup de musique lorsque tu composes ? Qu’en retires-tu ?
Claude : J’écoute sans arrêt de la musique, et me réfère à des musiques aussi différentes que Satie, Bashung (les derniers albums), Pink Floyd ou la musique d’un film. Je considère beaucoup de compositeur de film comme les nouveaux découvreurs d’espace sonore.
Il m’arrive pour une composition de partir sur une ambiance d’un morceau que j’adore. Je parle ici d’ambiance, c’est à dire de ressenti plus que de mélodie en tant que telle. L’émotion d’un morceau peut à mon avis être extraite d’une musique comme on retirerait un organe d’un corps, il suffit d’être à l’écoute. Ça peut paraître abscons ce que je dis là, mais c’est ce que je vis réellement.

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